Symbiose industrielle: vers une économie circulaire



La symbiose industrielle est l’utilisation, par une entreprise ou un secteur, de produits dérivés (énergie, eau, logistique ou matériaux) émanant d’une autre entreprise ou d’un autre secteur. Citons, par exemple, l’utilisation des déchets alimentaires générés par le secteur de la restauration pour alimenter les animaux d’élevage, ou l’incinération des déchets industriels non toxiques pour produire de l’énergie. Cependant, une économie développée, caractérisée par de nombreuses activités industrielles, génère une grande variété de sous-produits qui présentent des applications potentielles tout aussi diverses.


C’est là que les programmes structurés de symbiose industrielle entrent en jeu. Ils jouent un rôle d’intermédiaire. Il s’agit d’amener les entreprises à collaborer de façon innovante, en recherchant de nouvelles formes d’utilisation des ressources, afin d’accroître leurs revenus tout en réduisant leurs déchets et les coûts associés.

Le Royaume-Uni est un pionnier de la symbiose industrielle. Prenons un exemple, celui d’une entreprise britannique qui produit des unités d’air conditionné pour véhicules et des systèmes de refroidissement des moteurs. Elle fournit l’un de ses déchets (une substance dangereuse constituée de fluorure d’aluminium et de potassium) à une entreprise qui l’utilise pour le recyclage de l’aluminium. Cet accord permet de réduire de 15 tonnes par an le volume des déchets dangereux et de 30 000 GDP (36 000 EUR) les coûts de gestion des déchets. Ce n’est pas le seul exemple au Royaume-Uni, où d’autres solutions sont proposées comme l’utilisation des déchets pour produire de l’électricité par digestion anaérobie ou la récupération du dioxyde de carbone généré lors de la fabrication des produits azotés et du méthanol pour pouvoir cultiver des tomates sous serre tout au long de l’année.
Le programme national britannique pour la symbiose industrielle English a été mis en place par International Synergies Limited, une entreprise qui est également l’un des principaux promoteurs d’EUR-ISA, l’association européenne pour la symbiose industrielle, créée officiellement en novembre 2013. Le directeur d’International Synergies, Peter Laybourn, nous explique quels sont les objectifs d’EUR-ISA et comment la symbiose industrielle peut promouvoir l’économie circulaire en Europe.
 

Quels sont les objectifs d’EUR-ISA?


Peter Laybourn: L’association EUR-ISA a été créée pour soutenir la mise en œuvre de la symbiose industrielle en Europe et doter la Commission européenne d’un point de contact unique avec les multiples projets de symbiose industrielle dans les différents États membres. Son lancement fait suite aux recommandations de la plateforme européenne sur l’efficacité des ressources English (en) , qui considère la symbiose industrielle comme le meilleur mécanisme pour réduire les émissions de carbone tout en préservant les ressources essentielles et en garantissant la pérennité des entreprises.

EUR-ISA vise aussi à promouvoir les opportunités transfrontalières pour les plus de 20 000 entreprises participant actuellement aux réseaux et pour les milliers d’entreprises qui devraient prendre part à des projets de symbiose industrielle dans un futur proche.
 

Les programmes de symbiose industrielle sont-ils généralement financés par les fonds publics ou au titre d’initiatives privées?


Peter Laybourn: Les programmes de symbiose industrielle auxquels participent les membres d’EUR-ISA reposent sur des partenariats public-privé: un investissement public modeste pour financer le recours à des facilitateurs spécialisés du secteur privé en vue d’une collaboration avec l’industrie.

L’investissement public accordé atténue deux des principaux obstacles à l’engagement des entreprises dans des projets de symbiose industrielle: le temps et l’argent.

La participation étant gratuite (l’investissement sert principalement à financer les opérations), toutes les entreprises peuvent participer quels que soient leur taille, leur secteur et l’état de leur compte en banque. L’investissement dans des facilitateurs spécialisés permet aussi d’identifier les possibilités d’innovation et de développement durable dans le domaine des ressources, en accordant aux matériaux résiduels une place aussi élevée que possible dans la chaîne de valeur. 

Ces facilitateurs agissent aussi en tant qu’acteurs indépendants de confiance guidant les entreprises tout au long de leur projet, depuis l’idée initiale jusqu’à sa mise en œuvre. Il est clair que sans cette facilitation, la plupart des opportunités ne seraient même pas identifiées, sans parler de leur mise en œuvre. En effet, les entreprises n’ont souvent pas le temps de rechercher de telles opportunités ou manquent des connaissances particulières qui leur permettraient de les provoquer.

L’expérience montre également que même si d’autres modèles de symbiose industrielle peuvent fonctionner, ils le font à moindre échelle qu’un modèle d’investissement public et aboutissent à des résultats plus modestes sur le plan de l’innovation, de la réduction des émissions de carbone et de l’emploi.

À son apogée, le programme national britannique de symbiose industrielle (National Industrial Symbiosis Programme, NISP) travaillait sans relâche avec 15 000 entreprises, des PME ou des micro-entreprises pour la plupart, un segment industriel qu’il est difficile de rallier à ce type de projet en raison des multiples pressions qu’il subit. Grâce à son réseau étendu, le NISP a pu identifier et forger des milliers de synergies, aboutissant en Angleterre à une réduction collective des émissions de dioxyde de carbone de 42 millions de tonnes et évitant la mise en décharge de plus de 48 millions de tonnes de «ressources gaspillées». Près de 20 % des synergies du NISP impliquaient une forme d’innovation, beaucoup d’entre elles aboutissant en un temps record à la commercialisation de nouveaux résultats de recherche et développement en raison de l’attraction générée du côté de la demande par le programme sur l’éco-innovation. Le NISP a aussi créé 10 000 emplois.
 

Comment le programme EUR-ISA sera-t-il financé?


Peter Laybourn: Les coûts initiaux ont été couverts par International Synergies et pendant la première année d’activité, les membres fondateurs contribueront ensemble au financement des frais de fonctionnement de l’association. On envisage ensuite d’instaurer une cotisation pour les membres ou un système de parrainage.
 

Bien que le Royaume-Uni soit un pionnier de la symbiose industrielle, le NISP cesse progressivement. Quel en sera l’impact?


Peter Laybourn: Le NISP britannique est l’exemple le plus réussi de symbiose industrielle, avec une implication à grande échelle de l’industrie et d’excellents résultats constatés par des audits indépendants. Mais le NISP est aussi l’une des nombreuses victimes des restrictions budgétaires dues au déficit et il a également fait les frais d’un dogme répandu dans les couloirs ministériels britanniques, qui veut que «si l’industrie fait des bénéfices, alors l’industrie doit payer».
 
Dans de nombreuses circonstances, cette approche est correcte, mais elle néglige ici un point fondamental: les activités de symbiose industrielle créent un effet multiplicateur générant pour les gouvernements des revenus aux moins six fois supérieurs à l’investissement public (d’après l’expérience britannique). De même, en aucun cas l’industrie ne prend quoi que ce soit «gratuitement» puisque c’est elle qui investit son temps et son argent pour provoquer ces synergies. Heureusement, nous avons beaucoup appris du NISP et nous pourrons mettre cette expérience au service des autres programmes européens de symbiose industrielle.
 
International Synergies maintiendra un réseau national UK NISP et pour certaines régions, nous mettrons en œuvre des programmes de symbiose industrielle spécifiques, généralement cofinancés par le Fonds européen de développement régional. De plus, nous avons lancé une approche pionnière de la symbiose industrielle, une démarche «proactive» (par opposition au modèle du NISP basé sur la demande) qui envisage les possibilités de développement/régénération économique et d’investissement extérieur à l’échelon régional.



Mots clés : EUR-ISA

  

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