Serge Orru : "L'économie circulaire ne se contente pas de recycler, elle régénère."



Bonjour cher(e)s ami(e)s de la Planète et de l’économie circulaire, un grand bravo à l’Institut de l’Économie Circulaire à son président et à son délégué-général pour l’organisation de ce colloque fort utile et un chaleureux merci à tous les intervenants, experts qui nous ont beaucoup apporté en cette matinée passionnante. Si nous ne sommes pas responsables de ce qui arrive aujourd’hui, nous sommes responsables de ce qui arrivera demain.


Serge Orru : "L'économie circulaire ne se contente pas de recycler, elle régénère."
Aujourd’hui, les mots économie circulaire sont tendance et beaucoup ne voient cette idée globale uniquement que par les déchets. Il est vrai qu’un ensemble de vocables fleurissent. Économie verte, économie bleue, économie positive, économie légère chère au regretté Thierry Kazazian, qui a su propulser dans notre pays, l’analyse du cycle de vie, l’écoconception, le biomimétisme, l’usage et l ‘économie de fonctionnalité dans son ouvrage « Il aura l’âge des choses légères » dont je vous recommande chaudement sa lecture.

L’économie circulaire est par définition une révolution, comme la terre fait la sienne chaque année autour du soleil. C’est plus qu’une économie, c’est un cap, une vision, une espérance d’un meilleur vivre et produire ensemble sur notre belle planète et nous devons accomplir cette exaltante mission avec toutes les strates de la société.

L’économie circulaire est un mix de technologie et de philosophie car il n’existe pas de solution technique à un problème politique. Une nouvelle ère s’offre à nous et nous avons la chance d’inventer ce futur prometteur. L’évolution en France des politiques publiques, du cadre réglementaire, des stratégies d’entreprises doit s’appuyer sur une bonne connaissance de ce qui se fait dans les pays déjà engagés vers un mode économique circulaire quand bien même fut-il partiel.
 
Comme nous l’avons constaté ce matin, il n’y a pas de pays réellement engagé dans l’économie circulaire. Certes ce ne sera pas simple mais l’approche de l’économie circulaire, globale et humaniste n’exige pas d’atteindre la perfection pour pouvoir progresser sans attendre. 

Les intervenants de cette belle matinée nous ont montré que les stratégies des états, des régions sont différentes d’un pays à l’autre. Nous avons pu relever quelques bonnes et pratiques idées dont nous pourrions nous inspirer. 
 
Tout d’abord, comme en Chine, la mise en place d’une loi-cadre sur l’économie circulaire. C’est une des propositions phares que porte notre Institut et nous sommes heureux que la ministre Delphine BATHO l’ait évoqué fortement à plusieurs reprises ces dernières semaines. 
 
Une loi-cadre, c’est dépasser les sujets écologistes pour avoir une vision transversale, globale et systémique. 

Nous avons relevé l’importance du concept cradle to cradle (du berceau au berceau) aux Pays-Bas, source de créativité et d’innovation. Ce qui apparaît vraiment intéressant, c’est que l’objectif n’est pas de réduire seulement les impacts mais d’avoir une éco-efficience dans les entreprises et collectivités néerlandaises qui ont mis ce concept en réalité. 
 
Pour le Royaume-Uni, nous visualisons le premier programme national de symbiose industriel au monde, qui fut crée en 2002 par une initiative privée, soutenue par des fonds publics dès son lancement. Aujourd’hui, on compte plus de 8000 entreprises membres de ce programme État-Privé. Il existe une démarche régionale avec une équipe dédiée sur les synergies potentielles dans les territoires (bilans de matières et d’énergie stockés dans une base de données régionale). 
 
L’exemple le plus abouti est de voir inscrit l’économie circulaire dans la constitution du Canton de Genève car il nous apparaît évident que les états et les régions ont un rôle majeur pour servir de leviers en instituant le cadre règlementaire, législatif, sans oublier le soutien financier et une nécessaire planification. 
 
La nature contient toutes les solutions pour nous aider à créer une économie basée sur le respect des écosystèmes et de la nature humaine. Hundertwasser nous souffle ses mots : «La ligne droite est fondamentalement étrangère à la vie humaine et à la création». 
 
L'économie circulaire ne se contente pas de recycler, elle régénère. Inspirons-nous des écosystèmes pour produire sans détruire et aussi pour métamorphoser nos déchets. 
 
Notre civilisation ne survivra que si nous sommes capables d’imiter la nature. 
 
Vive le biomimétisme ! 
 
Nos espèces ont évolué dans l’interdépendance et nous, nous évoluons souvent avec désinvolture, égoïsme, individualisme et cupidité. 98% de la finance mondiale circulent sans servir nos outils de production. Seulement 2% vont à l’économie réelle. 
 
Dans ce casino planétaire, rien ne va plus ! Les peuples, le climat, la biodiversité et notre vital souffrent terriblement. Mais comme nous le dit Edgar MORIN, il faut croire en l’improbable. Car l’intelligence collective, c’est l’énergie renouvelable de l’Humanité. 
 
Aujourd’hui, notre système repose sur la fabrication de marchandises sans réelle valeur parce que sans durabilité. L’obsolescence programmée de tous nos produits n’est plus acceptable car elle représente une menace grave pour les générations futures. 
 
L’économie circulaire provoquera la baisse drastique des consommations, des pollutions et des gaspillages. Passer du jetable au durable est dans l’ADN de cette nouvelle société. 
 
C’est le défi que nous devons gagner en ce début de 21ème siècle. 
«Il existe des réponses de civilisation à tous les grands défis» nous dit André MALRAUX. 

Donner enfin sa place à l’économie de fonctionnalité qui remplace la valeur de biens par la vente de leur usage. À la différence de la vente, la location d’un bien permet d’en allonger la vie sans réduire les échanges et les services offerts. 
 
L’économie circulaire est une économie solidaire et fraternelle avec la planète et l’ensemble de ses passagers. C’est une économie pleine de joie de vivre et de sobriété heureuse. 
 
C’est l’économie du moindre impact sur l’environnement immédiat et lointain. Une économie créatrice de lien social, d’emplois et de paix. Une économie pour tous et pas seulement pour quelques uns. Une économie dont la logique est la qualité de vie pour l’humain, l’animal et le végétal et qui saura mettre en exergue l’agroécologie qui est un magnifique exemple d’économie circulaire. 
 
C’est aussi un véritable travail pluridisciplinaire qui réduira l’empreinte écologique de notre industrie, de notre agriculture et de notre mode de vie. L’écoconception est la matrice de ce nouveau monde où la rectiligne linéarité productiviste s’engouffrera dans les courbes fertiles de cette économie dont la forme symbolique est le cercle. Rond comme la terre, la Lune et le soleil… 
 
Le citoyen, l’entreprise, le territoire, la puissance publique produiront de la citoyenneté planétaire. 
L’imagination, l’audace, l’innovation, la pluridisciplinarité et l’intelligence collective feront du miel de cette économie pollinisée qui tournera enfin rond grâce aussi à une fiscalité adaptée qui sauvegardera notre patrimoine naturel. Produire de la richesse sans détruire le vivant doit être appris dans toutes les grandes écoles de France, d’Europe et du Monde pour une croissance de la conscience. 
 
À quand la fin des emballages qui durent plus longtemps que le produit. À quand la disparition des plastiques qui partent en mer pour des millénaires. À quand la biodégrabilité imposée ? À quand le décrochement entre croissance écologique et consommation des ressources ? 
 
Et bien, je vous le dis, mes cher(e)s ami(e)s, ce sera quand l’économie circulaire décollera ! 

À nous de lui fabriquer ses ailes ! 
Vivement l’économie circulaire ! 
Ici et là-bas ! 
 
Serge Orru 
Discours de clôture du colloque de l’Institut de l’Economie Circulaire : « Quelles stratégies pour les États engagés » - 31 mai 2013 

Jeudi 13 Juin 2013

  


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