Recyclage, un nouvel enjeu social. Quand le réemploi crée de l’emploi



Donner son vieux téléphone portable ou son ordinateur, c’est participer au développement d’une filière solidaire qui permet de créer des emplois en France et en Afrique.


À Ouaga comme au Niger, les collecteurs circulent en mobylettes et affichent clairement leur mission.
À Ouaga comme au Niger, les collecteurs circulent en mobylettes et affichent clairement leur mission.

Chez Emmaüs, la récupération et la revente d’objets en fin de vie a toujours été une source d’activités et de revenus. Lorsqu’en 1991 une des communautés décide, à la demande de quelques compagnons, de lancer une entreprise d’insertion, il s’agit à l’époque de recycler les cartons et palettes jetés par les entreprises. L’entreprise s’appellera les Ateliers du Bocage. Son fondateur Bernard Arru a ensuite l’idée de collecter les cartouches d’encres, puis les équipements informatiques et plus récemment les téléphones portables. Avec un objectif, créer des emplois pour des personnes en situation d’exclusion, réutiliser tout ce qui est réutilisable, et éliminer proprement les déchets restant.

Recyclage/insertion, un mariage réussi

Vingt ans plus tard, les Ateliers du Bocage (ADB) sont devenus une référence, en particulier pour la collecte des mobiles. Aujourd’hui ils proposent aux entreprises un service complet de gestion des DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) labellisés ISO 14 001. Ils disposent de conteneurs spécifiques pour chaque type d’équipements et de camions pour effectuer la collecte.

Parmi leurs clients, les grandes mutuelles de Niort (MACIF, MAIF, MAAF etc), le Crédit Agricole, Pôle Emploi, et les opérateurs de téléphonie Orange, SFR et Bouygues. Les ADB réceptionnent également le contenu des bornes de collecte mises en place dans la grande distribution par Eco-Systèmes, l’un des organismes agréés pour le recyclage des DEEE ménagers. Au total 35 à 40 000 mobiles par mois et 1000 tonnes d’équipements informatiques par an transitent par les ateliers. Grâce à cette activité ils emploient aujourd’hui 240 salariés. Une centaine de CDI ont été créé en dix ans, dont la moitié issus de parcours d’insertion. Soixante personnes travaillent au recyclage des mobiles et vingt cinq au traitement des équipements informatiques. 


Une visite des Ateliers du Bocage, installés dans les vastes locaux de l’ancienne usine Heuliez.



Une plateforme logistique pour la collecte a été ouverte à Pantin, et un atelier de tri devrait prochainement y être installé pour séparer les équipements qui iront directement rejoindre la filière du recyclage matières de ceux qui sont réutilisables. Les ateliers dédiés au recyclage et au réemploi des équipements informatiques et des mobiles se trouvent à Le Pin dans les Deux Sèvres, le département qui a vu naitre les Ateliers du Bocage. ADB est également partenaire de Trira, une entreprise de recyclage solidaire basée près de Lyon.

Trier, valoriser et réparer

Quand les cargaisons de mobiles arrivent aux Ateliers, elles font l’objet d’un premier tri. D’un côté les vieux modèles qui vont être démantelés. Matières plastiques, verre, batteries seront transmis à des prestataires chargés de leur valorisation et de leur élimination. Processeurs, cartes électroniques et câbles sont envoyés chez Umicore, une entreprise située à la frontière belge qui récupère les métaux et rémunère ADB en fonction des quantités collectées. Et elles sont signifiantes : à partir d’une tonne de mobiles (soit environ 10 000 unités) on extrait 3,5kg d’argent, 340 grammes d’or, 140 grammes de palladium et 130 kg de cuivre.

Les téléphones plus récents de moyenne et haut de gamme, eux, vont être évalués et testés. Ceux qui ne sont pas réparables prennent la direction de l’atelier pièces détachées. Elles seront stockées ou éventuellement revendues. Pour tous les autres ce sera opération nettoyage des données, déblocage opérateur, contrôle qualité puis reconditionnement. Ces mobiles d’occasion seront ensuite revendus dans la boutique en ligne ADB, sur eBay, dans les Bric-à-brac des communautés Emmaüs, ou dans les boutiques ouvertes par Emmaüs International dans les pays africains. Et les bénéfices permettront de financer les salaires.  

La filière du réemploi est vertueuse à tous points de vue. Elle participe de la politique nationale de gestion des DEEE et prolonge la vie des mobiles. Rappelons qu’ils sont conçus pour durer environ sept ans mais que les utilisateurs en changent en moyenne tous les dix-huit mois. Le recyclage a surtout permis en quelques années de créer des emplois qualifiés et de rendre leur dignité à des personnes en difficulté. On estime que 1200 téléphones collectés représentent l’équivalent d’un emploi pendant un mois. «Mais on doit faire mieux, explique Bernard Arru, le directeur des Ateliers du Bocage. 35 000 mobiles/mois c’est insuffisant pour pérenniser la filière. Notre objectif est de doubler ce chiffre, et de les faire sortir rapidement des tiroirs, quand ils sont encore valorisables.»

En Afrique aussi on collecte

Une bonne partie de ces mobiles de seconde main va être envoyée dans les boutiques ouvertes par Emmaüs International dans les pays africains. De bonnes affaires pour des populations dont le pouvoir d’achat est réduit. Mais ces pays ne disposent d’aucune infrastructure de recyclage et sont, pour certains, destinataires de tonnes de déchets exportés par l’Europe ou les Etats Unis. Selon un récent rapport du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) l’Afrique pourrait d’ici 2017 générer plus de déchets que l’Europe. D’où l’engagement d’Emmaüs International dans la mise en place d’ateliers de collecte dans toutes les villes où l’association ouvre boutique. Séduit par cette initiative, l’opérateur Orange a décidé d’être leur partenaire et de financer dix sites pendant cinq ans.

Le premier s’est ouvert à Ouagadougou (Burkina Faso) en mars 2010. Il emploie sept personnes dont trois collecteurs et deux trieurs. «En Afrique on garde son téléphone plus longtemps explique Hubert Fodop responsable du programme chez Emmaüs International, et on s’est dit que la meilleure façon de collecter était de mobiliser les réparateurs. Pour les motiver, on leur donne un chargeur, un kit main-libre ou une carte mémoire pour 1 à 4kg de déchets». Et ça fonctionne : certains  réparateurs s’organisent pour récupérer les mobiles usagés jusque dans les campagnes. Un second atelier a démarré début 2011 à Bobo-Dioulasso, un autre au Bénin et un à Madagascar. Les collecteurs à mobylettes ne chôment pas et chaque atelier récupère une tonne de déchets par mois. Deux containers de 8 tonnes (hors batteries qui sont traitées séparément) ont été envoyés en 2011 du Burkina vers la France où ces déchets sont pris en charge par les prestataires chargés de la valorisation matières.


En moins d’un an, l’atelier de collecte de Ouagadougou a récupéré 15 tonnes de déchets de mobiles. Fin 2011 un premier container de 8 tonnes a pris le chemin de la France.

Les prochains pays sur la liste sont le Niger et la Côte d’Ivoire. Au vu des quantités collectées, l’opération est un succès et Emmaüs a bon espoir, entre les bénéfices des ventes de mobiles et ceux provenant du recyclage des métaux, de parvenir à l’autofinancement. L’enjeu est d’importance : il s’agit de réduire la fracture numérique tout en préservant l’environnement et en donnant aux africains le réflexe du recyclage.



Mots clés : Orange
Mardi 16 Avril 2013

  

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