[Point de vue] La voie de la Chine et des PED ‒ mais pas seulement, vers une économie circulaire. par JC Levy, Nov 2015



Jean-Claude Lévy a publié le premier ouvrage français sur l’économie circulaire : L’économie circulaire : urgence écologique – le monde en transe, la Chine en transit, en 2009 aux éditions des Ponts-et- Chaussées. Cet ouvrage a été publié en Chinois, avec une préface de M. XIE Zenhua, Envoyé spécial du président de la République populaire de Chine pour les négociations climat. Il publie en 2014 avec Vincent Aurez, L'économie circulaire : un désir ardent des territoires, publié aux Presses des Ponts et Chaussées.

Jean-Claude Lévy est depuis 2013 membre du Comité d' experts de l’Institut de l’économie circulaire ainsi que membre du Comité stratégique de World Efficiency (principale Agence prospective des expositions industrielles sur l’Environnement – organisatrice de la « Galerie des solutions » à COP21 2015 à Paris). Partant d’une mission que lui avait confiée le Ministre du développement, il se consacre désormais, en relation avec la Chine, les Pays émergents et les Pays les moins avancés à l’écriture d’un troisième ouvrage (« L’économie circulaire : vers une civilisation écologique »).


[Point de vue] La voie de la Chine et des PED ‒ mais pas seulement, vers une économie circulaire. par JC Levy, Nov 2015
L’économie circulaire est pour nous une hypothèse encore mal identifiée, mais relativement séduisante. On considèrera d’abord que le monde est en crise sociale, économique (économie linéaire), écologique, de façon plus au moins aiguë, mais assez générale, et que bon nombre de populations réagissent à cette crise par de redoutables et imprévisibles effets de stress (mais s’adaptent quelquefois aussi sans émoi apocalyptique.). 

L’économie « linéaire » ‒ id est en résumé « produire, consommer, jeter » sans autre souci que rémunérer son capital ‒ confine, comme dit le poète, à « épuiser le fonds avec le revenu ». Comme je le montrais en 2009, puis en 2013 avec Vincent Aurez dans notre article publié pour la Conférence environnementale de 2013, l’hypothèse d’une économie « circulaire » suggère en revanche que l’on cesse d’épuiser, à tout le moins que l’on diminue de façon générale l’épuisement des ressources naturelles – de surcroît humaines. Enfin, elle offre un champ d’expérimentation économique et social positif, ouvert à des procès de  production, de consommation et d’échange aptes fonctionner en boucles, qui confinent pour leur  part alors à rendre à la nature ce qui lui est emprunté, ici comme ailleurs.

L’exemple exceptionnel de la Chine nous vaut le point focal de nos observations. On peut toujours s’inspirer de la Chine, parce qu’elle témoigne particulièrement de notre histoire à l’échelle de 20 % des habitants de la planète, parce que l’on connaît un peu mieux aujourd’hui sa façon de réguler les effets capitalistiques de l’économie de marché, parce que ses tentatives et efforts, à une telle échelle, paraissent cohérents pour éviter une catastrophe écologique, voire à court terme aller vers une  ¬ néanmoins encore improbable ¬ civilisation écologique

Au-delà de l’exemple chinois, partant des élus, des opérateurs, des institutions associatives, ou institutions qui tentent d’expérimenter l’économie circulaire, en France, au Cameroun, en Nouvelle Calédonie, au Sénégal ou au Québec.., on tentera d’en dessiner la signification dans les grandes lignes, la démarche, et de « caler » les conditions nécessaires peut-être suffisantes, afin de valider la démarche explicite des tentatives expérimentales en cours, et, par la suite, la conduite d’avants projets sommaires, puis définitifs.
 

Introduction : la longue durée, l’éphémère, la mutation,

Pour faire le portrait de l’économie circulaire, il faut commencer par la repérer, au milieu d’une pléiade de dénominations qui trop souvent sont des commodités de langage, sur les lèvres de ceux qui les formulent, parlant d’écologie industrielle, de fonctionnalité, éco-conception, etc…

Il faut donc d’abord la repérer, ensuite l’analyser, la caractériser, en expérimenter les effets sur le Développement (et vice versa) afin sinon de la sortir de l’informel, mais de  valoriser l’informel qu’elle impose avec elle. L'informel étant communément entendu comme informe, dans les sociétés dites développées d’aujourd’hui, mais aussi plus profondément entendu comme une sorte de pensée obscure, ou même sauvage ( Cf. nbdp 1 Lévi-Strauss ), à l’échelle plus générale de l’histoire des civilisations, tout particulièrement en Afrique, voire en Nouvelle Calédonie, pour ne pas dire en « Canaquie » et plus généralement dans les PED.
En effet, l’économie informelle  « travaille » très globalement le développement de la planète, en Afrique, en Inde, en Chine, mais aussi au cœur des pays développés (travail « au noir », échanges non conventionnels, « border line » dans les « quartiers » et autres « communautés »),  bref certainement partout – c’est à dire n’importe où, et particulièrement là où le développement social se heurte de plein fouet, sans issue, aux injonctions imparables de l’économie linéaire, et aux investissements voraces de « l’homo oeconomicus » !

On campera alors le paysage de l’économie linéaire au sein de la longue durée de l’histoire et à la crête des vagues, c'est à dire dans l’éphémère, où se déroule maintenant ce conflit entre l’informel renaissant et l’économie linéaire d’hier (advenue seulement au XVIIIe siècle avec la révolution industrielle).

La longue durée c’est, depuis le néolithique à nos jours, un découpage historique qui peut par exemple se dérouler, en France, du XIIIe siècle à la monarchie absolue, ou encore depuis la Renaissance à la Révolution, ou, par le monde, depuis la révolution industrielle à nos jours. L’éphémère c’est la durée d’une génération à l’autre, où quelques faits saillants, imperceptibles ou aveuglants, parfois terribles et cruels (Hitler, Pol Pot,…) troublent notre conscience, qui peine alors à retrouver le fil du temps, lorsque confusément l’on sent que des transformations profondes adviennent, maintenant, ici comme ailleurs : c’est la crise…
C’est alors que l’on peut commencer à peindre le portrait, tourner le film d’une vie de  l’économie circulaire dans son passé et dans son présent. comme l’infime mouvement d’une photo qui prend du sens.

Dans un premier temps on essayera donc de dessiner la voie significative d’une société en crise vers une société en mutation. Il sera donc d’abord parlé de la crise de 2008, des 3 phases de la voie historique chinoise depuis Deng Xiao Ping, de la définition sommaire de l’économie circulaire, on parlera enfin de l’ouverture probable de celle-ci en direction des PED, en relation avec les formes socio-économiques informelles vivaces qui y persistent et participent à l’évidence de la longue durée elle-même (ce qui est parfaitement démontré aujourd’hui par l’anthropologie contemporaine).
 

Observation 1 : la crise de 2008

La crise de 2008, plus que "crise financière systémique",  a plus ou moins sanctionné  la faillite d'un « ethnocentrisme économique "occidental". Le « dollar » y est   devenu le paradigme principal du développement économique et du développement social, jusqu'à envahir la sphère des activités culturelles et artistiques, dont la valeur des œuvres ne dépendrait quasiment aujourd’hui que du prix consenti pour les acheter, indépendamment de leur qualité artistique. Mais on sait que les œuvres sont reconnues par ailleurs sur les critères esthétiques spécifiques.

Le fonctionnement du système financier a fait du marché le critère central, sinon la loi de la relation entre l’offre et la demande des biens matériels ou immatériels, échangés ou à échanger. Cette « loi » du marché» ‒ normée par celle des agences de notation ‒ ne comporte aucun paramètre monétaire pour fixer, en terme de valeur monétaire, le prix de l’air, de l’eau, etc. Par exemple : il est arbitraire de déterminer la valeur de la tonne de carbone, d’où la volatilité du prix de celle-ci.

Ce système financier considère la valeur marchande des ressources naturelles, à travers les appréciations strictement financières des agents économiques et il en résulte une consommation abusive et un usage mortifère des biens « communs » – autrefois considérés comme d’usages et propriétés collectives à l’instar des « communaux » de l’Ancien Régime français, ou encore comme « libres » (l’eau l’air…) selon les économistes contemporains, selon un déroulement linéaire depuis la ressource aux déchets ultimes, sans aucune boucle de réversibilité évidente.

Comment alors n’emprunter que sobrement à la Nature et lui rendre ce que nous lui empruntons ?
C’est la question du XXIe siècle. Le XXe a commencé à y répondre en relation avec l’appel du club de Rome et du rapport Brundtland
 

Observation 2 : les 3 phases de la voie chinoise

Le gouvernement chinois a pris cela en considération, triplement, à la même époque avec la politique d’ouverture et de réforme inaugurée par le Gouvernement de Deng Xiao Ping.
Premièrement en adoptant une économie socialiste de marché : introduire le marché dans la loi socialiste, ce n’est pas obéir à une soi-disant « loi » du marché, mais choisir, dans un système bureaucratique clos, parmi diverses solutions, celles qui peuvent apparaître les plus avantageuses. Ceci concerne les investissements, les retours sur investissements, le marché, mais aussi consiste à favoriser les initiatives des citoyens.

Deuxièmement, par la force de ces initiatives publiques et privées, grâce à la dynamique du marché, la croissance chinoise a été démultipliée, stagnant dans les années 80, le développement de l’économie chinoise, est devenu linéaire selon une courbe de croissance extrêmement avantageuse pour la consommation et le développement social, générant une classe moyenne de 400 millions d’individus. Cependant, en retour de cette linéarité, la croissance a absorbé très dangereusement les ressources naturelles chinoises, la terre agricole, l’eau et même le ciel.

Pour être juste,, il faut tout de même dire que des chercheurs ont calculé que, entre 2000 et 2007, 17 à 36 % de l’émission en Chine de dioxyde de souffre, d’oxydes d’azote, de monoxyde de carbone et de noir de carbone a été induite par la production de biens destinés à l’exportation ! (Jean-Claude Lévy, Vincent Aurez 2014)

C’est pourquoi, troisièmement, il y a une quinzaine d’années, le Gouvernement chinois a adopté comme priorité une stratégie graduelle vers l’Economie circulaire. Depuis les années 2000, dans des zones ou parcs industriels chinois (parfois en « joints ventures »), puis grâce à une loi de 2009 jusqu’en 2013 avec l’initiative de la NDRC à l’attention de 100 villes et district modèles pour l’économie circulaire, l’économie circulaire advient, pas à pas, depuis une conception abstraite vers des pilotages d’expérience concrets.

Observation 3 : création de la définition de l’économie circulaire

La multipolarité, concept principalement géographique, est alors un vocabulaire opérationnel, qui concerne tous les espaces géographiques et politiques, pour parler d’économie circulaire.

Dans cette perspective, la voie de la Chine vers l’économie circulaire a  une valeur limitée en tant que modèle, mais il n’est pas abusif de repérer en Chine l’émergence d’une nouvelle économie, dans un cadre désormais multipolaire, à l’échelle décentralisée de tous les niveaux d’organisation chinois (Etat, Province, municipalité, district ou comté et écosystèmes naturels emboîtés qui ne correspondent évidemment pas, comme partout, aux découpages administratifs). Ce cheminement chinois vers l’économie circulaire s’est réalisé parallèlement à l’émergence géopolitique de la multipolarité.
L’économie « circulaire » peut ainsi être sommairement définie, face à la crise économique ultime de 2008,  comme une tentative de réponse, afin de réguler le système d’élargissement aveugle du capital, face à la dégradation du progrès social et en fonction de la protection des écosystèmes. Cette première définition lapidaire, économique, écologique et politique, interroge de plein fouet le mode actuel de production, de consommation, d’échange, ainsi que l’ensemble des rapports sociaux contemporains. Dans l’espace des territoires, comme dans le temps des mesures socio-économiques, il s’agit alors de répondre très concrètement à cette interrogation et, selon les principes des 3R (réduire réutiliser, recycler), de déterminer un fonctionnement en boucle de ces ressources

C’est à dire que ‒ depuis les années 80, la voie originale de la Chine conduit à observer, la fin d’un modèle planétaire  « bipolaire ».

Modèle « bipolaire », en termes médicaux, cela veut dire un modèle malade. Mais un proverbe dit qu’à toute chose le malheur est bon ! En effet, en regard de la "multipolarité" qui se substitue progressivement à une maladie E/W (ou N/S),  en regard de la spécificité de la Chine, de l'Inde ou même de l'Afrique, en regard  du poids absolument interconnecté des technologies de l'information et de la communication dans le mode de production et de consommation contemporain, en regard  du réchauffement climatique et  de l'épuisement progressif des ressources naturelles, il est indispensable d'apprécier comment, désormais, une économie non plus linéaire, mais circulaire est expérimentée en tant que telle, depuis une quinzaine d’années,  formellement et informellement.

En Chine, comme à peu près partout, l’informel est toujours présent, ne serait-ce qu’à l’échelle des multiples minorités chinoises qui s’adaptent depuis des siècles aux directives des empereurs chinois (le plus souvent des Han ou assimilés).
Il est présent aussi au sein de la curieuse relation que les « guanxi » (réseaux sociaux traditionnels chinois) établissent depuis toujours. L’informel paraît enfin y être présent dans décentralisation paradoxale de la Chine, où le Centre dirigeant ne semble survivre que grâce à l’autonomie institutionnelle de la périphérie provinciale, ou locale (autonomie démultipliée tous azimuts par les réseaux sociaux du Net qui génèrent par eux-mêmes des informations et des réalisations qui échappent à tout contrôle).
Avant se diriger vers les PED, loin de la Chine, de l’Allemagne du Japon, de la France, on ne s’attardera pas ici sur les expérimentations en cours, déjà abordées dans plusieurs de nos ouvrages et articles (Cf. nbdp 2-6-7-8, Lévy, Lévy-Aurez ),  qui se déroulent en de nombreux sites, on est néanmoins à même de dessiner une deuxième définition un peu moins lapidaire que celle qui figure ci-dessus.
Adaptation ? Nouvelle économie ? Nouveau vocabulaire ? Par-delà l’exemple chinois l’économie circulaire peut être plus généralement entendue en tant que processus graduel et intégratif, applicable à tous les niveaux d’organisation socio-économiques et écologiques, dans l’objectif de restituer aux cycles de vie naturels les matières premières utilisées dans le mode de production, de consommation et d’échange. Cela signifie, à la fois, une aptitude à maîtriser la production énergétique, à réduire, à recycler et à réutiliser (les 3 R) les flux-matière solides, gazeux, organique et inorganiques, dans le cadre de politiques socio-économiques territoriales planifiées appropriées, sous l’égide d’un maître d’ouvrage souverain. C’est-à-dire principalement une maîtrise d’œuvre socio-économique et écologique appliquée à rassembler tout ou partie nombre d’initiatives déjà bien éprouvées, quoique trop souvent énoncées, ici ou là, à la façon de commodités de langage, sans connaissance  toujours évaluée de  leur efficience réelle, écologie industrielle ou agricole, éco-conception, économie de la fonctionnalité, du partage, etc.
 

Observation 4 : l’économie circulaire en direction des PED

L’économie circulaire ne se commande nulle part de façon bureaucratique. Mais en tant que trajectoire, elle est expérimentable partout. En panne d’identification académique, elle est démarche, plus que modèle, système ouvert plutôt que clos, paradoxale comme l’économie socialiste et de marché à la chinoise. Elle s’impose toutefois en tous lieux, pour sortir de l’économie linéaire, dans les pays  développés comme dans les pays émergents et dans les PED, mais elle s’impose sous contrainte de facteurs multiculturels et écosystémiques considérables, en Chine, au Japon, etc., ou même en France (où elle figure déjà dans la loi pour la transition énergique).

En ce qui concerne les PED, les avantages et les freins pour l’expérimentation y sont particulièrement spécifiques, en ce sens que les PED sont le siège de civilisations anciennes positivement très vivantes, souvent en crise, face à une modernité antagonique, qui n’a souvent rien de véritablement civilisé, du point de vue moral et éthique. Les rapport sociaux, ne s’y déroulent pas seulement sous la férule des relations marchandes, la cohésion sociale et la solidarité y perdurent de façon ou d’autre, l’informel a ses codes,  on y échange, mais aussi on y donne : y compris dans la Chine émergente, où faire un cadeau n’est pas toujours corrompre (Merci Marcel Mauss, Cf. nbdp 3 ou Maurice Leenhardt !). Ni l’anthropologie ni l’ethnologie ne font directement partie des visées économiques de l’import-export, ce qui a longtemps fait la force de ces visées, mais qui fait aujourd’hui leur faiblesse. C’est pourquoi  l’expérimentation de l’économie circulaire, avec maîtrise d’œuvre socio-économique et écologique,  ne saurait advenir, sans que soit bien considérés des antagonismes culturels considérables.

L’autonomie de l’informel est appelée à y jouer nécessairement double jeu, d’une part dans les interstices de l’économie linéaire, où elle survit, mais aussi d’autre part dans l’orbite de la circularité en accord avec la préservation indispensable du vivant : par exemple les « 3 R » (réduction, réutilisation, recyclage) sont en effet consubstantiels des civilisations premières, fussent-elles résiduelles dans les pays développés, ici ou là.

 

Conclusion : maîtrise du vocabulaire, du territoire et de la méthodologie

La question des PED dépasse le cadre de cet exposé au demeurant introductif. Mais il est inconcevable,  – multipolarité oblige, que l’expérimentation de l’économie circulaire dans les PED n’oblige aussi à s’émanciper plus ou moins du modèle néolibéral.
Pourquoi ne pas imaginer, formellement ou non, des marchés locaux du carbone? Expérimentés aujourd'hui, au nombre de 7, en Chine ils vont l'être à plusieurs dizaines en 2016. Dans la longue durée, l’économie de marché, plus ou moins d’extraction primitive, a du champ, simultanément loin derrière et devant : elle a potentiellement valeur intemporelle (merci Fernand Braudel, Cf. nbdp 4, merci Pierre Bourdieu, Cf. nbdp 5 !). En revanche, même si le modèle de développement économique capitaliste et néolibéral qui en est issu ne relève tout à fait de l’éphémère, sa marche dans le temps est vraisemblablement bornée, déjà il ne s’impose plus tout à fait facilement partout. Bien au contraire la crise de 2008 en a montré les limites, au cœur du développement social, de notre consommation, de nos échanges, de la protection environnementale et climatique.
Il n’est alors pas abusif pour conclure que l’économie circulaire est une dénomination  convenable pour qualifier l’éventualité d’une nouvelle économie, alternative à un mode de production, de consommation et d’échange en crise.

De surcroît, s’agit-il seulement d’une crise ? Si l’on considère les immenses interrogations soulevées par les NTCI et les dégâts écologiques contemporains, il n’est pas non plus abusif de parler d’une véritable mutation, qui est en train de se produire à l’échelle de cette planète désormais multipolaire. Et l’exercice de COOP 21 en 2015 pourrait alors témoigner, par-delà la question climatique, à travers près de deux centaines d’Etats, en faveur de relations internationales nouvelles.
L’exemple chinois nous est très utile (merci Fan Xiaohong, Cf. nbdp 9), mais il ne saurait y avoir de modèle « clé en mains », pour sortir d’un monde bipolaire ou linéaire, l’exemple chinois lui-même n’est ni reproductible, ni exportable.

Malgré cela, le film de l’économie circulaire est néanmoins approprié, en son déroulement pour contribuer à la formulation d’un vocabulaire, d’une grammaire, d’un langage, Elle émerge au sein d’un monde qui cherche à inventer grâce à elle une nouvelle économie, sur des bases anthropologiques et ethnologiques spécifiques ‒ rarement prises en considération par « l’homo oeconomicus », du berceau au berceau, mais avec des bébés différents, loin d’une bipolarité économique et politique mortifère.
Nouveau vocabulaire, nouvelle économie, mais certainement pas « hors sol » : les conditions nécessaires sont certainement praticables partout, qui relèvent tout bonnement des méthodologies éprouvées des sciences expérimentales : formulation d’hypothèse de circularité écologique et socio-économique, expérimentation territorialisée ouverte, du simple au complexe, maîtrise du foncier, définition d’un contrat social adapté aux termes des échanges envisagés, établissement d’un dispositif d’observation et d’évaluation, enfin formulation d’une méthodologie adaptée.

Reste alors à formaliser les niveaux d’organisation envisageables : qui en est maître d’ouvrage ?, maître d’ouvrage délégué ?, et avec quels opérateurs ?, selon les termes du contrat social envisagé et du commandement politique voulu.

  1. Claude Lévi-Stauss, La pensée sauvage. Paris, Libraire Plon, 1962.
  2. Jean-Claude Levy, Vincent Aurez, Les dynamiques de l’économie circulaire en Chine. Paris, Responsabilité et Environnement, Annales des Mines, 2014/4
  3. Marcel Mauss, Essai sur le don, Principes de l’échange dans les sociétés archaïques, Présentation de Florence Weber, Editions PUF, 2012.
  4. Fernand Braudel, Civilisation matérielle,  économie et capitalisme, XV-XVIIe siècle. Paris, Editions Librairie Armand Colin, 1979.
  5. Pierre  Bourdieu, Les structures sociales de l’économie. Paris, Editions du Seuil, Mai 2000.
  6. Jean-Claude Levy, L’économie circulaire : urgence écologique – le monde en transe, la Chine en transit. Paris, Editions des Ponts-et- Chaussées, 2009.
  7. L’économie circulaire : urgence écologique – le monde en transe, la Chine en transit, éditions des Ponts-et- Chaussées. (traduit en Chinois), avec une préface de M. XIE Zhenhua, Envoyé spécial du président de la République populaire de Chine pour les négociations climat. Shanghai, Editions Tsinghua, 2010.
  8. Jean-Claude Lévy, Vincent Aurez, L'économie circulaire : un désir ardent des territoires. Paris, Editions des Ponts-et Chaussées, 2014.
  9. Fan Xiaohong, Dominique Bourg, Jean-Claude Levy, Guiyang : construire une éco-ville selon les principes de l’économie circulaire. Barcelona, Region activity centre for cleaner production, March 2008.
  10. Jean-Claude Lévy, Vincent Aurez, Economie circulaire, écologie et reconstruction industrielle, CNCD, 2013
  11. Jean-Claude Lévy, Vincent Aurez, Wang Xin, 100 villes pour l'économie circulaire en Chine, Institut de l'économie circulaire
           

Mercredi 6 Janvier 2016

  

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