Nicolas Hulot en Chine : « l’économie circulaire pour éviter de passer de l’ère de la rareté à celle de la pénurie » - Les pays en développement dans les circuits du monde



Nicolas Hulot s’est rendu le mois dernier en Chine, en tant qu’envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète. Co-fondateur de l’Institut de l’économie circulaire, Nicolas Hulot a notamment visité la zone expérimentale d’économie circulaire de Ziya, à Tianjin (Chine). La délégation comprenait notamment plusieurs membres de l’ambassade de France à Pékin, des officiels chinois, ainsi que Vincent Aurez pour le compte de l’Institut de l’économie circulaire. Ils ont notamment visité l’entreprise TCL-AOBO de traitement des déchets électroniques, une ferme biologique, et ont pu s’entretenir avec les responsables de la zone.


Considérée comme « Démonstrateur national » en Chine, la planification de zone d’économie circulaire de Ziya comprend à la fois une zone industrielle, un centre de recherche & développement, ainsi qu’un terrain dédié aux activités agricoles, mais aussi une zone de résidences et de service. Bien que la zone ne soit encore que partiellement développée, le recyclage et le traitement de déchets permet de produire une quantité déjà considérable de matières premières secondaires . La visite a permis de voir qu’il reste des marges de progressions significatives pour l’économie circulaire en Chine, malgré d’importantes étapes déjà effectuées.

Nicolas Hulot déclare que, tout en considérant les limites du renouvellement illimité des matières premières , le « développement de l’économie circulaire constituera une étape clé pour éviter de passer de l’ère de la rareté à celle de la pénurie ». Sur la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique en Chine, "la première leçon que je tire de mon séjour ici est que ce qui était encore il y a quelques années une préoccupation extérieure à la Chine est devenu maintenant un objectif interne". La Chine va "réagir non pas pour céder à la pression internationale mais simplement pour essayer de contrôler une réalité qui leur a explosé à la figure".

Si la projection des flux de matières et d’énergie dans la zone d’économie circulaire de Ziya est effectivement très bien planifiée, le manque d’investisseurs reste un frein au développement total de cette « ville ». Le rapport coûts/bénéfices du traitement des déchets, avec récupération de matière et d’énergie, reste encore prohibitif pour de nombreuses entreprises, souvent dépendantes des subventions d’État, à tout le moins - concernant les PME/PMI - très dépendantes d’un accès au crédit encore difficile. L’une des raisons réside aussi dans le manque d’éco-conception des produits, qui permettrait à la fois d’abaisser le coût de traitement, mais aussi d’augmenter les capacités de production de matière première secondaire, à partir de ces mêmes produits.

Après 10 ans de fonctionnement, les évaluations des premières zones éco-industrielles de Chine fournissent des résultats environnementaux édifiants, révélant des gains importants, tant sur le plan de l’efficacité énergétique que sur le développement de productions plus respectueuses de l’environnement. Les parcs éco-industriels étudiés ont par exemple obtenu des diminutions de leurs émissions d’eaux usées et de déchets solides de 28% en moyenne, entre autres par le biais de symbioses industrielles.

A l’occasion d’une nouvelle visite organisée par l’Institut de l’économie circulaire (vincent.aurez@institut-economie-circulaire.fr ), les membres de l’Institut sont de nouveau invités à se rendre sur le terrain en Chine en février prochain. Cette visite se fera sur l’île de Caofeidian (曹妃甸) avec des responsables de cette éco-ville chinoise de 300 000 habitants en développement. Les associations, entreprises ou collectivités territoriales peuvent contacter l'Institut de l'économie circulaire pour y participer.

La Chine au premier rang

Nicolas Hulot en Chine : « l’économie circulaire pour éviter de passer de l’ère de la rareté à celle de la pénurie » - Les pays en développement dans les circuits du monde
La Chine, en devenant « l’industrie du monde », en augmentant sa consommation interne et en réimportant des déchets après consommation, s’est peu à peu exposée à des défis environnementaux de très grande ampleur. On prévoit par exemple que la production de déchets en Chine sera le double de celle des États – Unis en 2030. Les projets d’éco-villes sont en très forte augmentation, mais leur performance écologique reste à évaluer tout comme leur viabilité économique.

La Chine est le premier investisseur mondial dans le domaine des énergies renouvelables, avec 65milliards de dollars investis en 2012, soit 20% de plus qu’en 2011. Les objectifs en Chine sont une réduction des émissions de GES par unité de PIB de 45%, par rapport à 2005 d'ici 2020. A la recherche de modèles économiquement viables, la planification territoriale chinoise doit mettre en balance, mesurer la demande de projets immobiliers rentables en regard des nécessités de développement bas carbone.

La Chine doit enfin répondre au défi du développement économique d’un pays de 1,3 milliards d’habitants, en prenant en considération la nécessité d’une stabilité socio – politique. La qualité de son développement affecte directement sa croissance économique, les dégâts environnementaux en Chine causent une perte estimée entre 5 et 10 % de son PIB annuel. Les infrastructures existantes restent bien en – deçà du potentiel d’un développement généralisé des infrastructures dans le pays. Près de 30% des déchets en Chine sont jetés (sans aucune gestion), 50% sont mis en décharge, 10% sont incinérés avec des techniques très polluantes et sans récupération d’énergie, en revanche 10% sont actuellement réintroduit dans des circuits de matières et d’énergie. Les pollutions sont de plus en plus sources d’instabilité sociale en Chine. La construction d’incinérateurs polluants en 2007 et 2009 ont déclenché des incidents de masse dans au moins 7 villes.

Certaines collectivités territoriales chinoises, responsables de plus de 70% des dépenses en infrastructures mais fortement endettées, importent des déchets qui représentent pour elle une importante source de revenu, parfois illégale. À titre d’exemple, en 2011, les exportations de déchets des États-Unis vers la Chine ont représenté 10,8 milliards de dollars.

La Chine absorbe près de 70% des déchets électroniques mondiaux. La ville de Guiyu, dans la province du Guangdong, est connue comme ayant « la plus grande décharge de déchets électroniques dans le monde ».

On s’attend en Chine à un déploiement massif des capacités de traitement des déchets d’ici 2030, qui devrait être plus de 8 fois supérieur à ce qu’il s’est produit de 1990 à 2010, pour atteindre une capacité équivalente à celle de l’Union Européenne en 2007 (actuellement première en termes de capacité devant le Japon et les États – Unis). Les zones pilotes actuelles, semblent des modèles économiquement rentables, rapidement auto-suffisants, et écologiquement exemplaires. Ces zones bénéficient néanmoins d’importants appuis financiers et politiques.

La généralisation réussie de l’économie circulaire en Chine dépendra ainsi de la disponibilité de sources de financement stables pour les collectivités territoriales, mais aussi de la rentabilité économique de technologies largement moins polluantes et de la compétitivité des énergies renouvelables par rapport à d’autres sources d’énergie plus polluantes.

Il est pourtant naïf de penser que l’accumulation mondiale de déchets s’arrêtera en Chine. La Chine elle – aussi commence à exporter vers d’autres pays, aujourd’hui principalement vers le Pakistan et le Bangladesh. 

L’économie circulaire dans les pays en développement : enjeu environnemental, sanitaire, économique et social

L’étude Du Rare à l’infini - Panorama mondial des déchets (i) montre ainsi que  la prise en compte des flux de matières et d’énergie dans les pays en développement devient de plus en plus importante, du fait de la quantité de déchets produite à l’échelle mondiale et de l’expansion des flux internationaux de déchets et matières premières secondaires. On s’attend par exemple à un doublement de la production mondiale de déchets solides municipaux d’ici 2030. Les déchets électroniques seuls devraient, selon un rapport des Nations Unies publié en mi-décembre, augmenter d’1/3 de 2012 à 2017 (ii). En revanche,  au niveau mondial « pour nombre de filières, la part des matières premières issues du recyclage est déjà supérieure à celle des matières « primaires » (papier, certains métaux non ferreux) ». 

Marché de 300 milliards de dollars, l’économie mondiale des déchets représente une source de revenu non négligeable pour des pays en développement, mais ces flux de matière se font parfois en dehors de toute juridiction (iii). De plus, la part du secteur informel dans la gestion des déchets est souvent très forte, ce qui accroît l’exposition aux risques sanitaires et environnementaux de ces pays.

A bien des égards donc, l’économie mondiale des déchets reflète les inégalités, d’une part entre pays, d’autre part comme en Chine à l’intérieur même de certains pays... à la fois émergents et en développement. Des pays en développement produisent et exportent des biens dans des conditions environnementales et sociales dramatiques, une fois les produits utilisés les déchets sont exportés vers ces mêmes pays pour un traitement des déchets souvent en-deçà des normes environnementales et sanitaires des pays développés (iv). La nécessité d’un contrôle de ces flux, allié à une coopération internationale et décentralisée de plus grande ampleur en faveur de l’économie circulaire se fait donc toujours plus urgente.

C’est là l’un des buts de la mission sur l’économie circulaire dans la coopération internationale confiée par Pascal Canfin à Jean – Claude Lévy (v), et auquel les acteurs de l’économie circulaire en France pourront pleinement contribuer.

Vincent Aurez


i Philippe Chalmin, Catherine Gaillochet, Du Rare à l’infini – Panorama mondial des déchets 2009, Paris, éd. Economica, 2009
ii Une carte du monde mise en place par la plateforme « Solving the e-waste problem » permet de suivre les productions de déchets électroniques par pays : http://www.step-initiative.org/index.php/WorldMap.html
iii Étude de la Banque Mondiale sur les liens entre gestion des déchets et développement : Daniel Hoornweg, Perinaz Bhada-Tata, What a waste : a global review of solid waste management. Urban development series ; knowledge papers no. 15. Washington, DC: World Bank, 2012
iv Voir par exemple, l’accumulation assez récente de déchets électroniques au Ghana. http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/12/27/les-dechets-electroniques-intoxiquent-le-ghana_4340635_3244.html


Lundi 13 Janvier 2014

  

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