"La France peut compter sur sa mine urbaine"




"La France peut compter sur sa mine urbaine"

Entretien avec Jean-Philippe Carpentier et Igor Bilimoff, respectivement président et directeur général de Federec, la fédération des entreprises du recyclage.

 

 

Jean-Philippe Carpentier, vous venez de prendre la tête de Federec… 
J’ai été élu le 19 décembre 2012 à la présidence. Cette nomination a été validée hier par notre assemblée générale. J’étais et je suis toujours à la tête, avec Jean-Marc Desmedt, de Nord Pal Plast, une entreprise spécialisée dans le recyclage des PET et des PEhd, située à Lesquin dans le Nord. 
 
La crise actuelle est-elle plus sévère que la crise financière de 2008-2009 ? 
La crise financière a été d’une brutalité exceptionnelle, mais relativement courte. Dans le recyclage, l’activité a pratiquement été stoppée entre octobre 2008 et mars 2009, avant de redémarrer rapidement. L’effet produit était semblable à celui d’un bouton marche-arrêt. La situation est bien différente aujourd’hui. Le ralentissement de l’activité qui a débuté au deuxième trimestre 2012 a été plus progressif qu’en 2008-2009. Les volumes traités ont baissé de 20% et, plus inquiétant, la tendance baissière n’est pas enrayée. Nous ne voyons toujours pas de reprise. Malgré des prix qui sont encore soutenus, cette situation pèse lourdement sur les marges des entreprises du secteur. Les volumes traités ne sont pas suffisants pour couvrir les coûts fixes des investissements réalisés. 
 
Quelle est la situation financière des entreprises du recyclage ? 
Beaucoup d’entreprises peuvent encore disposer d’une certaine trésorerie, c’est la prudence naturelle du recycleur. Toutefois, ceux qui ont investi des sommes importantes dans de nouveaux outils, en particulier des broyeurs, sont inquiets. Ce n’est pas le moment favorable pour investir, jugent les entreprises. La période est à l’attentisme. 
 
Que pensez-vous de la demande de régulation des exportations de matières premières secondaires ? 
Aujourd’hui, les ventes grand export représentent 3 milliards d’euros sur un total de chiffre d’affaires de la branche de 13,5 milliards d’euros. Ces ventes à l’étranger sont nécessaires à l’équilibre financier de nos entreprises. Que faire des matières que nous avons collectées si, en France  ou en Europe, les capacités de traitement nécessaires à leur transformation n’existent pas ? Un contrôle des exportations se heurterait aux règlementations de l’Union européenne et de l’OMC. Nos adhérents préfèrent bien sûr vendre leurs produits à des entreprises avec lesquelles ils ont une proximité géographique, mais cela n’est pas toujours possible. Mettre des obstacles au commerce des produits issus du recyclage – comme le demandent ceux qui veulent acquérir nos produits au coût le plus bas possible – serait contreproductif. 
 
N’est-il pas préférable de vendre à des entreprises de proximité ? 
Lorsque l’on parle d’économie circulaire, avec le recyclage assurant la boucle entre consommation et production, il ne s’agit pas obligatoirement de circuit court. Le circuit peut être plus long s’il y a éloignement entre le lieu où sont produites les marchandises et le lieu où elles sont consommées. Les rentrées financières de la grande exportation permettent à nos entreprises de mieux faire face aux difficultés de nos clients proches. 
 
Quelles sont actuellement vos plus fortes inquiétudes ? 
Nous sommes très sensibles au risque de dégradation de la notation de nos clients. Contrairement à la situation d’il y a une quinzaine d’années, il y a plus de risque en France du côté de nos clients qu’en Chine ou en Inde où les entreprises sont plus solides financièrement. Le désengagement de l’assurance-crédit qui refuse de couvrir une part croissante de nos ventes fragilise nos entreprises, en particulier les PME. 
 
Qu’attendez-vous des politiques ? 
Nous sommes mieux entendus aujourd’hui des institutionnels et des politiques, qui ont appris l’importance d’un secteur qui emploie 33 000 salariés. La France ayant des difficultés importantes à exploiter ses ressources minières, elle peut compter sur sa mine urbaine. Les règlementations doivent être plus soucieuses de l’environnement économique du recyclage. Elles doivent être simplifiées, mieux adaptées au secteur. Il faut aider les entreprises, surtout les petites, à augmenter leurs fonds propres.  La question de la transmission, cruciale pour les PME, doit être résolue de manière à les pérenniser.

Source : L'usine Nouvelle (04 avril 2013)


Mots clés : federec
Jeudi 4 Avril 2013

  

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