« L’économie circulaire, une réponse à tout »



Les adeptes de l’économie circulaire, dont fait partie François-Michel Lambert, président de l’Institut de l’économie circulaire, se donnent jusqu’en 2017 – la fin de mandat de François Hollande – pour qu’une loi en faveur de l’économie circulaire soit votée. Le pari sera probablement tenu, car cette approche pour changer le système – en profondeur et en douceur – semble avoir réponse à tout : gain économique, préservation des ressources, création d’emplois, le tout en injectant de l’innovation et du sens dans les rouages.


« L’économie circulaire, une réponse à tout »
François-Michel Lambert est député écologiste dans les Bouches-du-Rhône. Il a été le chef de file du groupe EELV de l’Assemblée nationale sur la thématique de l’économie circulaire pour la conférence environnementale 2013. Il est le président-fondateur de l’Institut de l’économie circulaire.  

L’économie circulaire, pour les néophytes, qu’est-ce donc ?

C’est une remise en cause du modèle de l’hyperconsommation, surtout de la partie productive. C’est sortir de cette société de gaspillage qui s’est accélérée depuis les Trente Glorieuses, revenir à un bon sens en termes de préservations des ressources. Cette façon de voir amène à « transversaliser » tant le monde économique que la société, à revenir à beaucoup plus de social, et de sociabilité… Si on continue, dans 10 ans, ça ne passe plus… Dans 10 ans, des ressources majeures n’existeront plus en terme minier. Il faudra peut-être même rouvrir les vieilles décharges, dans lesquelles on a jeté des métaux, pour les régénérer… c’est une réalité.

D’où vient votre engagement ?

À la fois d’une prise de conscience à travers mon milieu professionnel (j’ai travaillé sur la problématique du recyclage des déchets), de mon engagement politique et d’une culture très ancienne, familiale, de préservation du moindre clou, une culture paysanne où on ne gaspille pas…

Faire de l’économie circulaire… qu’est-ce que cela signifie très concrètement ?

Dans le monde économique, cela signifie beaucoup plus de collaboration, mot-clé dans l’économie circulaire. Ce qui est un déchet pour l’un doit devenir une ressource pour l’autre, ce que l’un ne sait pas réparer, l’autre va le réparer… Pourquoi Apple est incapable de réparer ses smartphones alors qu’il y a des quantités de petits génies qui y parviennent ? Est-ce qu’il ne vaut pas mieux réparer un iPhone plutôt que de le jeter, étant donné tous les enjeux de société que nous avons à relever ? Malheureusement, aujourd’hui, on est plutôt dans la logique de jeter que de repérer… Les entreprises verticales, comme Apple, ne savent que prélever, transformer, marketer, faire consommer et… payer des taxes pour compenser les déchets qu’elles engendrent. Voilà comment elles se lavent les mains… Sauf que, une fois jetée, brûlée ou enfouie, la matière est perdue. Faire de l’économie circulaire, c’est l’idée d’utiliser, par exemple, un iPhone le plus longtemps possible, et en dernier recours, pouvoir récupérer les composants, pouvoir tout recycler…

La société est-elle prête ?

C’est évident… Il y a beaucoup de signaux faibles dans la société, qui commencent à faire masse : comme la journée du gratuit où chacun met en accès libre les objets dont il n’a plus besoin, la réussite du site de covoiturage BlaBlacar, celui du Bon coin (société suédoise). Le succès du Bon coin démontre que les gens recherchent à gagner certes un peu d’argent, mais ont l’intime conviction que : « c’est dommage de gâcher ». Et côté acheteur : acheter une veste, des chaussures d’occasion – je prends volontairement ces exemples – cela est de plus en plus envisageable.  

Puisque l’économie circulaire émerge de facto… quel est le rôle du politique ?

Beaucoup s’invente tous les jours. Mais rien n’est mis en cohérence, il n’y a pas de politique structurée, ni au niveau de la France, ni au niveau de l’Europe. L’enjeu est bien entendu planétaire : l’économie circulaire est le seul moyen de continuer à améliorer notre niveau de vie, tout en mettant un frein à notre surconsommation de matière… Le politique a donc le rôle de coordonner ces dynamiques pour que l’ensemble soit plus performant, que les résultats soient là et qu’il n’y ait pas de rupture. Nous (N.D.L.R. les élus) ne sommes pas là pour dire : c’est une révolution, et des cendres de la révolution va naître un nouveau modèle… On est plutôt là pour faire changer progressivement le modèle. L’axe central de ce changement ne pouvant être que la démocratie, qui s’appuie sur une législation, une réglementation, des politiques locales, qui doivent être coordonnées avec une politique nationale, elle-même en lien avec la politique européenne… Voilà, tout est tellement imbriqué, qu’on ne peut pas faire table rase et tout recommencer, mais on doit réagencer la table de manière coordonnée…  

L’obsolescence programmée : un gros verrou à faire sauter ?

Je suis d’accord, il faut se pencher sur cette obsolescence programmée. Mais si l’on croit que cela suffira… Non, on ne va d’une part toucher qu’une frange, que quelques objets… et pas la globalité du système qui pousse à surconsommer, notamment avec les campagnes de publicité. L’obsolescence programmée n’est qu’un élément qui participe à la croyance que « c’est normal que ça tombe en panne, qu’il faut changer de lave-linge tous les 7 ans, et de mobile tous les 18 mois ». Non, ce n’est pas normal car on sait faire des lave-linge qui durent 20 ans… C’est le comportement d’hyperconsommation qui est selon moi le verrou à faire sauter, et les industriels s’adapteront par la force des choses, même leurs publicités s’adapteront.  

Vous demandez une loi-cadre très vite…

Oui, et elle va s’imposer. L’idée coince encore au Medef. Mais nous en reparlerons dans quelque temps… Aucun pays ne s’engage là-dedans, sans l’inscrire dans la loi… La Suisse, l’Allemagne, la Chine, le Japon, la Corée, le Royaume Uni y sont venus, soit avec une loi dite de l’« économie circulaire », ou par d’autres intitulés : « modèle d’optimisation et de préservation des ressources » (cf. la Chine). Dans le canton de Vaud en Suisse, la loi est en place depuis 10 ans. Ils ont changé la définition trois fois déjà, car c’est autour de la définition que se retrouvent les acteurs, économie, élus, collectivités… S’il n’y a pas de définition partagée, on se retrouve avec un Arnaud Montebourg qui dit que l’économie circulaire c’est « recycler les déchets en bout de la chaîne », alors que ce n’est absolument pas ça…  

Quel est le ministère aujourd’hui qui porte l’économie circulaire ?

Le ministère de l’Écologie porte cette thématique mais pas seulement… Nous avons décidé avec le ministre de l’Outre-Mer Victorin Lurel de travailler de concert. Sa loi « développement économique » s’inspire totalement de la logique de l’économie circulaire. Il a bien compris que, si loin de la Métropole, les îles qui vivent de 90 % d’importation ne sortiront de cette hyperdépendance que si elles retrouvent un modèle de préservation des ressources et d’utilisation des ressources locales. Pascal Canfin, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement, souhaite présenter une approche de l’économie circulaire à la 21e conférence climat en 2015 qui se tient à Paris… Et bientôt le ministre de l’Économie s’y mettra, quand il comprendra que notre déficit commercial financier de 70 milliards d’euros est fortement lié à notre déficit commercial physique de 145 millions de tonnes par an. Que se passerait-il si nous n’arrivions plus à importer autant, si nous étions dans un blocage mondial des flux ? Que deviendrait la France ? Nous devons redevenir des politiques qui ne pensent pas le « lendemain » mais qui pensent le long terme avec une réponse pour le lendemain… Il y aura un ministère de l’Économie circulaire un jour : j’en suis persuadé.  

Au niveau local, les régions ont été désignées

comme chef d’orchestre… Oui, c’est une stratégie tout à fait judicieuse de s’appuyer sur les régions, qui sont les collectivités les plus à même d’être à l’articulation, d’autant qu’elles vont avoir demain plus qu’aujourd’hui la compétence développement économique. Elles ont bien la capacité à ajuster les politiques en fonction des cultures et de la réalité locale parce que l’économie circulaire se réimplante, se réenracine dans les cultures, dans les réalités des ressources locales. On ne va pas faire la même chose en Bretagne, en Alsace ou en Provence… D’ailleurs, l’idée actuelle de réfléchir à la création d’une douzaine de régions, avec plus de décentralisation : c’est aussi une bonne chose, car ainsi les régions auront plus de poids. Alors qu’elles ont le même littoral, les mêmes types de ressources, les politiques de PACA et Languedoc-Roussillon sont parfois antinomiques… Si l’on avait une région Méditerranée allant de Nice à Perpignan, on pourrait avoir une politique homogène par rapport à nos ressources…    

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