L’économie circulaire, levier de la compétitivité industrielle




L’économie circulaire, levier de la compétitivité industrielle
Dans un contexte de morosité économique, les réflexions sont plus que jamais orientées sur les leviers qui relanceront la compétitivité industrielle et la croissance. Les filières vertes semblent être un terreau intéressant pour amorcer le tant attendu "redressement productif". Tribune sur ce sujet de Marc-Antoine Franc, directeur chez BeCitizen, en charge des projets de recyclage et valorisation des déchets. L’accès aux matières premières au cœur du redressement productif
La feuille de route issue de la conférence environnementale a d’ores et déjà fixé les chantiers prioritaires de la transition énergétique et écologique qui permettront, espérons le, "d’organiser des filières industrielles, de transformer des territoires et de créer des emplois".
Si les orientations semblent claires sur les questions d’’énergie et climat, de santé et de biodiversité, celles relatives aux ressources et aux déchets, au cœur des préoccupations des industriels, n’apparaissent pas aussi distinctement dans les priorités. Ces points sont cependant fondamentaux pour préserver, relancer voire créer de nouveaux relais de croissance industriels à haute valeur et non délocalisables. Explications.
Les matières premières sont essentielles à la fabrication de produits y compris pour les industries à haute valeur ajoutée, qu’elles soient émergentes ou en plein essor : téléphones portables, panneaux photovoltaïques batteries pour véhicules électriques, fibres optiques... Avant même d’avoir atteint la maturité, ces industries font dès à présent face à des tensions très fortes sur les approvisionnements pouvant mettre en péril leur activité.
L’Union européenne juge « critique » l’accessibilité à quatorze matières premières minérales (notamment le béryllium, le cobalt, l’indium, le magnésium, les terres rares et le tungstène) dont la demande pourrait tripler d’ici 2030 . D’autres industries plus traditionnelles sont déjà largement concernées par ces problématiques et luttent pour exister : c’est le cas des filières d’ameublement, de la métallurgie, des industries papier ou textiles, contraintes par les coûts de production et des matières premières.
Libérer les gisements urbains de matières premières
Marc-Antoine Franc - BeCitizenAlors que l’épuisement de certaines ressources stratégiques est d’ores et déjà programmé (2025 pour le zinc, 2030 pour le plomb, 2040 pour le cuivre, …) , la question du recyclage des matériaux issus de nos produits est plus que jamais stratégique pour soutenir voire relancer l’industrie. L’accès aux gisements de ressources urbains en quantité significative et à moindre coût sera déterminant pour préserver le tissu industriel local.
Le marché du recyclage est largement soutenu par l’arsenal réglementaire européen et la directive cadre sur les déchets dont l’objectif est de limiter la production de déchets et de promouvoir le recyclage, en fixant les objectifs des Etats membres. D’autres directives fixent les objectifs précis en termes de collecte, de recyclage et de valorisation filière par filière, comme celles relatives aux Véhicules Hors d’Usage (VHU), aux batteries et aux Déchets Electriques d’Equipements et Electroniques (DEEE) pour n’en citer que quelques unes.
Malgré un contexte réglementaire favorable, seuls 38 % des déchets municipaux sont recyclés en Europe, 21 % des déchets sont incinérés et 37 % sont encore enfouis , avec des marges de progrès considérables dans certains pays comme ceux de l’est mais aussi l’Angleterre ou la France, classée au 10e rang de l’UE par la Commission européenne en matière de gestion des déchets. Les volumes recyclés restent trop faibles en Europe avec environ 1,1 milliard de tonnes  pour un chiffre d’affaire annuel entre 30 et 60 milliards d’euros.
Promouvoir l’industrie du recyclage et une logique de filière
Les directives européennes se traduisent dans chaque pays par la mise en œuvre de leviers coercitifs et fiscaux comme des taxes sur l’incinération et le stockage des déchets. Les industriels sont également contraints par les réglementations REACH et RoHS (déchets dangereux) qui limitent ou interdisent l’emploi de nombreuses substances dans la composition de produits manufacturés. Ces réglementations sont tout à fait essentielles pour permettre aux filières de recyclage d’exister.
Le gouvernement prévoit à ce titre dans sa feuille de route l’étude de plusieurs leviers fiscaux complémentaires : augmentation des taxes sur l’incinération et le stockage, élargissement de la redevance incitative sur les déchets ménagers, application de la TGAP sur les matériaux d’extraction. Mais ces mesures restent insuffisantes pour promouvoir une véritable économie circulaire, mobiliser les acteurs sur la collecte et le recyclage des matériaux à grande échelle et créer de vraies filières industrielles.
Le principe de Responsabilité Elargie du Producteur (REP), autre levier réglementaire, qui incite les fabricants et distributeurs à prendre en charge opérationnellement ou financièrement le recyclage des produits mis en marché, offre davantage de perspectives. Les fabricants se trouvent directement impliqués dans le recyclage de leur produit à la recherche d’une logique économique. En France, les metteurs en marché financent chaque année une quinzaine de filière de recyclage à hauteur d’1,3 milliard d’euros à travers les éco-organismes.
Le parc industriel de démantèlement, recyclage et valorisation des déchets constitue le principal goulet d’étranglement du recyclage en France. A titre d’exemple, la capacité de traitement des déchets d’ameublement (2 sites en France) est encore largement insuffisante pour répondre à l’obligation des fabricants et distributeurs pour 2015 et traiter 45 % des 2 millions de tonnes mises en marché chaque année. L’industrie automobile est également attendue sur le recyclage des plastiques, des caoutchoucs, des mousses et des pneus valorisés à hauteur de 20 % seulement. Le commerce de plastiques recyclés en Europe a plus que doublé en 10 ans. La France saura-t-elle tirer partie de ce nouveau marché ?
Trop morcelés, les industriels en France n’ont pas les outils pour recycler ces produits, ni même la capacité d’investir en R&D ou dans de nouveaux équipements. L’industrie est encore trop fragile. Le seul financement des filières de recyclage par les producteurs à travers les éco-organismes sera insuffisant pour permettre leur essor. Cet effort doit certes s’accompagner d’aides publiques à l’investissement dans le parc de recyclage, mais aussi d’obligations claires en matière d’éco-conception pour favoriser la recyclabilité même des produits, et enfin d’incitations fortes à utiliser des matériaux recyclés localement dans les processus industriels.
La sécurisation des débouchés est fondamentale pour assurer aux acteurs la visibilité suffisante pour leurs investissements et réduire leur dépendance aux fluctuations des prix des matières premières. Ce dispositif ne peut s’envisager qu’en partenariat avec les acteurs concernés au sein des filières et entre filières, les déchets des uns pouvant devenir les matières premières des autres.
Au-delà des bénéfices énergétiques, climatiques et santé indéniables, cette économie circulaire permettra l’émergence d’une véritable industrie du recyclage créatrice d’emplois, non délocalisables, au service de l’ensemble du tissu industriel national voire européen.


  

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