L’économie circulaire en Chine : cas d’étude



Jean-Claude Levy et Vincent Aurez, pour le compte de l’Institut de l’économie circulaire et de la Délégation pour l’action extérieure des collectivités territoriales (Ministère des affaires étrangères), ont participé le 24 octobre à un séminaire sur l’économie circulaire en Chine et en France suite à l’invitation de l’Université de Nankai (Tianjin).


Ce séminaire a réuni les chercheurs et officiels chinois ayant participé à la rédaction des lois et circulaires, et représentants des deux territoires pilotes majeurs de l’économie circulaire à Tianjin, les zones TEDA (Tianjin Economic-Technological Development Area / Parc éco-industriel de Tianjin) et ZCEA (Ziya Circular Economy Area / Zone d’économie circulaire de Ziya).

Les membres de l’Institut de l’économie circulaire sont invités à participer à une visite sur le terrain à la mi - décembre de la zone d’économie circulaire de Ziya. Les associations, entreprises ou collectivités territoriales ayant une représentation en Chine peuvent contacter Vincent Aurez pour y participer.

Zone d’économie circulaire de Ziya, et parc éco-industriel de TEDA

La Zone d’économie circulaire de Ziya (ZCEA) est actuellement la plus grande zone de l'économie circulaire en Chine du Nord. Cette zone est particulièrement intéressante car elle présente des similitudes avec des territoires français, notamment au vue de sa taille (135 km2) et de ses 30 000 habitants. Parmi ses 30 000 habitants, en moyenne 19 000 travaillent sur le territoire chaque année[[i]]url:#_edn1 . Le territoire contient notamment 3 zones sans enclaves : 21km2 de zone industrielle pour la production et transformation et 9 km2 pour les activités de R&D, 50km2 d’activités agricoles et de zones protégées, 20km2 pour les résidences et de service. Elle est née à l’origine d’un acte de coopération sino-japonais en 2005, et représente à ce jour une expérience pionnière pour l’établissement d’une ville fonctionnant intégralement en économie circulaire. Des circuits  intégrées traversent le territoire et permettent par exemple d’avoir un taux de recyclage de l’eau proche de 100%. Cette zone génère matière et énergie à partir de matières premières secondaires, d’énergie solaire et éolienne. En termes de flux de matières, la zone traite à la fois métaux ferreux et non-ferreux : 400 000 tonnes de cuivre, 150 000 tonnes d'aluminium, 200 000 tonnes de fer, 200 000 tonnes de caoutchouc et matières plastiques et 150 000 tonnes d'autres matériaux sont produits, soit une production de 1,1M de tonne par an.

Dans la zone de TEDA, les progrès dans le domaine de l’économie circulaire depuis 2005 sont aussi très significatifs. Les mécanismes d’incitation au niveau politique et économique sont maintenant plus nombreux et plus efficaces. Fin 2010 par exemple, la municipalité autonome de Tianjin a lancé dans la zone TEDA un vaste programme dédié au développement du recyclage dans les industries locales de 100M RMB (soit près de 11M € en euros constants en 2013), financé par une taxe locale imposée aux entreprises sur le volume de leurs déchets et par des organismes internationaux tels que la Banque mondiale. Sur cet éco-parc industriel, 5000 tonnes de poudre de charbon et 40 000 tonnes de cendres ont été retraitées en 2010 afin d’être réutilisés par d’autres industries. Un marché local du carbone est aussi à l’étude depuis plusieurs années et devrait être lancé en 2014.

Ces deux zones s’inscrivent chacun dans des coopérations internationales, par exemple dans le cadre du programme européen SWITCH Asia pour la mise en œuvre  de symbioses industrielles, ou encore avec une coopération directe entre TEDA et l’ADEME. Il existe aussi des partenariats entre des chambres de commerce européennes et ceux deux parcs éco-industriels.

Ce séminaire a ainsi montré pourquoi la coopération internationale dans le domaine de l’économie circulaire est importante, et en quoi la Chine représente un laboratoire stratégique de l’économie circulaire. L’Union Européenne s’est par exemple récemment engagée dans une coopération de long terme avec la Chine dans le domaine de l’économie circulaire[[ii]]url:#_edn2 . Et les partenariats dans ce domaine avec la Chine devraient encore croître.

La Chine comme laboratoire de l’économie circulaire

La Chine est le premier pays à établir des indicateurs d’économie circulaire à l’échelle macro-économique (national et provincial). Grâce à un nouveau travail de collecte de données, les indicateurs permettent la mesure du niveau d’intégration des logiques d’économie circulaire non plus seulement à l’échelle d’une industrie mais des territoires[[i]]url:#_edn1 . Afin d’obtenir des panoramas territoriaux détaillés, environ 70 indicateurs pour les villes et environ 50 pour les collectivités rurales sont désormais utilisés en Chine pour le suivi des expériences pilotes. Chaque entreprise et chaque parc industriel inscrit dans une expérience pilote doit par ailleurs mesurer ses performances dans le domaine de l’économie circulaire.

Le 11ème plan quinquennal (2006-2010) a fait du développement de l’économie circulaire et de l’établissement d’une société sobre en énergie et respectueuse de l’environnement un axe stratégique du développement chinois. Depuis, l’objectif de réduction de 20% de l’énergie consommée par point de PIB a presque été atteint à -19,1%. Parallèlement, la Commission nationale pour le Développement et la Réforme (NRDC) a lancé dès 2005 les premières zones pilotes d’économie circulaire dans sept secteurs industriels clés en lien avec 42 grandes entreprises, 4 zones de recyclage et de réutilisation des déchets, 13 parcs industriels et dix provinces et villes. En 2009,  la loi cadre pour la promotion de l’économie circulaire en Chine est votée et permet l’intégration de l’économie circulaire dans des politiques territoriales à plus grande échelle. Le 12ème plan quinquennal (2011-2015) maintient cet axe stratégique de l’économie circulaire et le renforce. L’objectif en termes de recyclage est une collecte de 70% des ressources recyclables ou réutilisables. L’extension des expériences d’économie circulaire en Chine[[ii]]url:#_edn2 a été officiellement actée en septembre 2013, selon la logique « 10, 100, 1000 » qui augmente le nombre d’expériences pilotes par étapes. La circulaire récente de septembre 2013 pour l’émergence de 100 villes pilotes et les récentes déclarations suite au dernier plénum du parti encadrent en Chine un axe de développement désormais prioritaire pour les années qui viennent, selon la logique « 10, 100, 1000 » qui augmente le nombre d’expériences pilotes par étapes.
 
Vincent Aurez
Jean-Claude Lévy
 
 
Les auteurs souhaitent remercier Rémy ZHANG et Julien Bonnet du service économique de l’ambassade de France à Pékin pour leur soutien et les informations transmises.


[[i]]url:#_ednref1 Yong Geng et al., « Towards a national circular economy indicator system in China: an evaluation and critical analysis », Journal of Cleaner Production, vol. 23, no 1, mars 2012
[[ii]]url:#_ednref2 « Economie circulaire : 100 villes chinoises pilotes pour l’économie circulaire », Economie circulaire | Site officiel de l’Institut de l’économie circulaire, association nationale multi-acteurs ayant pour objectif la promotion de l’économie circulaire, [s.d.]. URL : http://www.institut-economie-circulaire.fr/Economie-circulaire-100-villes-chinoises-pilotes-pour-l-economie-circulaire_a322.html




  

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