“ L'Etat peut et doit agir pour lancer la dynamique sur l'économie circulaire ”



Alors que s'ouvre ce lundi à Gardanne la conférence de mise en œuvre sur l'économie circulaire prévue par la feuille de route issue de la 2e Conférence environnementale, François-Michel Lambert, président de l'Institut de l'économie circulaire, revient sur ses attentes en la matière.


Actu-Environnement.com : Qu'attendez-vous de cette conférence ?

François-Michel Lambert : Tout ne sera pas réglé lundi soir à 18 heures. L'Etat doit définir un cap, une stratégie, en matière de ressources. Ensuite, il doit planifier et programmer les moyens à mettre en œuvre, et prévoir une revoyure régulière afin de rentrer dans un cercle d'amélioration continue. On peut prendre pour exemple le Japon qui a voté une loi-cadre sur l'économie circulaire, organisé une planification filière par filière, et fixé des indicateurs.
 
AE : Que recouvre exactement le concept d'économie circulaire ?

F-M. L. : L'économie circulaire, c'est repenser notre modèle de développement. La raréfaction des ressources annonce des crises prochaines. L'enjeu est de réduire la consommation alors que la démographie et la croissance du niveau de vie mondial font exploser les besoins. Ainsi, la Chine, qui compte 1,4 milliard d'habitants et dont le niveau de vie est en hausse constante, a inscrit l'économie circulaire depuis plus de cinq ans dans une loi : 262 villes ont été identifiées comme étant en crise par rapport à leurs difficultés d'accès aux ressources. Il est nécessaire de s'inspirer d'une telle réflexion afin d'éviter des crises liées aux ruptures de production, telles que celle révélée par le tsunami de 2004 en Asie avec les disques durs.

AE : L'économie circulaire ne se limite donc pas au recyclage ?

F-M. L. : Croire que le recyclage est une panacée est une erreur, car il présente deux défauts majeurs. D'une part, on perd de la matière au cours des processus de recyclage. D'autre part, on recycle des volumes du passé pour un besoin futur d'une toute autre dimension. Même si le recyclage était généralisé, on ne couvrirait que 10 à 20% des besoins actuels. Donner des consignes de tri, apposer un logo sur les produits recyclables, c'est très bien, mais ce serait encore mieux d'être dans une société où il serait inutile de délivrer ces consignes.

AE : Ces actions n'ont pas d'intérêt ?

F-M. L. : Si, car le recyclage permet de commencer à rentrer dans l'économie circulaire, par la connaissance des flux disponibles, l'exigence de traçabilité, l'intensification de l'utilisation de la matière, la promotion de l'écoconception et de l'économie de la fonctionnalité…

AE : Avez-vous des revendications plus concrètes ?

F-M. L. : Une loi-cadre constituerait le meilleur signal pour indiquer le nouveau cap avec une déclinaison auprès des collectivités territoriales, notamment des régions, à travers un plan d'action pluriannuel et l'intégration des objectifs dans les contrats de plan Etat-régions. Nous ne faisons pas de cette loi-cadre l'alpha et l'omega d'une politique. C'est surtout l'action qui prime comme, par exemple, la commande publique qui représente un levier formidable : commande publique basée sur les préceptes de l'économie circulaire en imposant des taux de recyclage ou de réemploi dans les appels d'offres, qu'il s'agisse de cahiers scolaires, de routes ou de véhicules. Il faudrait nommer aussi un délégué interministériel réceptacle de tous les enjeux de l'économie circulaire : nouveaux modèles productifs, fiscalité, consommation… Mais aussi favoriser une nouvelle gouvernance fondée sur des systèmes plus collaboratifs, sans oublier de mettre l'accent sur l'éducation afin de faire changer les comportements.

AE : Doit-on agir sur d'autres champs ?

F-M. L. : Les règles de comptabilité, qui datent du XIXe siècle, sont à revoir, car elles valorisent les actifs sur un modèle de société du gaspillage. Ainsi, il faut trouver le moyen de mieux valoriser des modèles économiques comme celui que teste Philips aux Pays-Bas qui vend de la lumière et reste propriétaire des ampoules contenant des matériaux rares dont elle a besoin pour fabriquer de nouvelles ampoules, se mettant ainsi à l'abri des variations des coûts des matières premières. Il faut également agir sur la fiscalité : il est aujourd'hui plus coûteux de recruter quelqu'un pour recycler du zinc que d'acheter sur le marché de la matière vierge, alors qu'il n'y aura plus de zinc d'ici quinze ans !

Propos recueillis par Laurent Radisson
Actu-Environnement - 13/12/13


  

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