François-Michel Lambert : « Changer les esprits, même si ça doit prendre 30 ans »



Le fondateur de l’Institut de l’économie circulaire appelle de ses voeux une loi cadre qui dépasse la seule question de la gestion des déchets et fixe un cadre pour « changer de cap » dans l’utilisation des ressources.


François-Michel Lambert : « Changer les esprits, même si ça doit prendre 30 ans »
Ne dites pas à François-Michel Lambert (FM Lambert pour ceux qui le connaissent) que l’économie circulaire ne serait qu’une forme améliorée de gestion des déchets, prévention et éco-conception incluses. Il vous répondra poliment mais fermement que vous vous trompez. Âgé de 47 ans, député des Bouches-du-Rhône depuis juin 2012 (groupe Europe Ecologie-Les Verts), fondateur de l’Institut de l’économie circulaire en février 2013, FM Lambert a commencé sa vie professionnelle au groupe Pernod-Ricard, où il s’occupait d’emballages et de logistique, avant de faire du conseil aux collectivités. Le monde des déchets ne lui est pas étranger puisque chez Pernod-Ricard, ses conseils (depuis « la soute », précise-t-il) ont abouti à la création de l’éco-organisme Adelphe, aujourd’hui filiale d’Eco-Emballages.

Pour autant, FM Lambert refuse de réduire l’économie circulaire à un problème de déchets. Il la définit plutôt comme « un moyen d’optimiser les ressources, de les utiliser de la manière la plus efficace possible, dans une logique territoriale et de collaboration ». En d’autres termes, faire le contraire de l’économie linéaire — notre mode de fonctionnement actuel depuis la révolution industrielle —, à savoir : « prélever, transformer, consommer, jeter ».

Selon FM Lambert, « ce modèle pouvait marcher pour quelques centaines de millions de personnes, mais ne peut plus marcher pour bientôt 3 milliards de personnes des classes moyennes ». Il faudrait « revenir à ce qui a toujours été » mais en y ajoutant « notre connaissance en termes de développement », ceci pour « vivre mieux demain ». Tout un programme.

Vendre de l’usage En pratique, il s’agirait par exemple de passer à l’économie de la fonctionnalité, dans laquelle les entreprises vendent de l’usage plutôt que des objets ou des produits (de la matière).

Ce modèle économique est déjà appliqué dans certains secteurs. Rank Xerox, par exemple, vend l’usage de ses photocopieurs plutôt que les photocopieurs eux-mêmes. A charge pour l’entreprise de faire en sorte que ses machines durent le plus longtemps possible, ce qui suppose une véritable éco-conception et un entretien performant — l’inverse de l’obsolescence programmée qui fait que les appareils tombent en panne rapidement et sont irréparables ou presque. De même, Michelin vend, dans le secteur des poids-lourds, des kilomètres parcourus plutôt que des pneus. Et Philips, aux Pays-Bas, vend de la lumière (lampes, choix de l’emplacement, fourniture de l’électricité…) plutôt que les seules lampes.

Innovations « Si nous, les politiques, ne donnons pas le cadre pour qu’on aille vers ce modèle, cela restera des thèses de doctorants et pas plus », estime FM Lambert. Passer à l’économie circulaire suppose donc, selon lui, cinq types d’innovations :
  • technologiques (par exemple pour recycler tel ou tel matériau) ;
  • organisationnelles (fonctionner différemment, notamment pour préserver les ressources) ;
  • financières et comptables (par exemple pour valoriser, dans les comptes d’une entreprise, les machines déposées chez ses clients dans le cadre de l’économie de fonctionnalité et qui reviendront en fin d’usage, dans 10 ou 20 ans) ;
  • fiscales (en taxant moins la main d’oeuvre, abondante, et davantage les ressources, qui se raréfient) ;
  • en termes de gouvernance (passer d’un système où les modèles sont imposés, à des modèles collaboratifs qui supposent que chaque maillon soit performant et donc participe).
 
Dans cette perspective, la grande peur de FM Lambert est que la conférence environnementale des 20 et 21 septembre se borne à fixer « des indicateurs pour une meilleure gestion des déchets ».

Pour sortir de cette vision à ses yeux trop étriquée des choses, le député appelle donc de ses voeux une « loi cadre » qui fixerait « le cap, le cadre dans lequel les acteurs économiques doivent s’inscrire ». Une telle loi « ne changera rien du jour au lendemain, sauf les esprits », quitte à ce que cela prenne « 10 ou 30 ans ». L’essentiel étant, pour lui, d’indiquer à tout le monde que « le bateau France a changé de cap à 180 ° et abandonné le modèle de l’hyperconsommation ».

Pour la loi cadre, on ne tardera pas à savoir si son voeu est exaucé. Pour le changement des esprits, il faudra être un peu plus patient…

Source : Magazine Déchets Infos n°28

Jeudi 29 Août 2013

  

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