Comment la question climatique est-elle liée à l’économie circulaire ?




Découplage et trajectoire bas carbone

Le découplage absolu de notre consommation de matières premières avec l’activité économique constitue l’une des clés de la lutte contre le dérèglement climatique. L’économie circulaire peut ainsi largement y contribuer, à condition de se baser sur des outils fiables et éprouvés comme les analyses en cycle de vie. Non seulement ces ACV démontrent les limites des politiques climatiques mises en place, mais elles nous rappellent également que la question de la lutte contre le dérèglement climatique ne peut être envisagée sans une refonte du modèle économique linéaire dominant. Si les émissions de CO2 sont l’une des manifestations de ce modèle, d’autres aspects doivent aussi être inclus dans notre réflexion.

Le développement des énergies renouvelables ne saurait suffire. De même, l’optimisation de l’offre et de la demande d’énergie via des systèmes intelligents ne permettront pas d’assurer une véritable rupture. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication consomment déjà plus de 20% de l’énergie mondiale. La lutte contre le dérèglement climatique a certes besoin d’une atténuation des émissions de gaz à effet de serre des infrastructures existantes, mais surtout d’un changement de modèle où, à chaque étape du cycle de vie d’un bien ou service, l’empreinte écologique est réduite.

L’heure est à la redéfinition du développement de nos territoires, plus sobre et plus efficace, et au renouveau des coopérations locales. Elles seront des leviers pour la préservation des ressources, mais aussi la préservation du climat. La transition vers une économie circulaire permettra également de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et de s’adapter à la transformation de notre environnement par une meilleure gestion de la consommation en eau, de l’approvisionnement énergétique et de la fin de vie des matières.

Approche territoire versus approche consommation dans la comptabilisation des émissions nationales de gaz à effet de serre

En 2004, 23% des émissions de CO2, soit 6,2 gigatonnes, étaient liées aux produits issus des unités de production en Chine et dans d’autres pays en développement et destinées aux pays développés.

Entre 2000 et 2010, les activités de production installées sur le territoire français ont été moins émettrices de CO2. Pour autant, il est faux de penser que notre économie est moins émettrice de CO2 qu’auparavant.

En France, les émissions selon l’approche territoire représentent 66 % des émissions selon l’approche empreinte en 2010, contre 82 % en 1990. Cela est dû notamment au phénomène de tertiarisation de l’économie française, au détriment de l’industrie, plus émettrice de CO2, et de l’agriculture, émettrice de méthane (CH4). Une part croissante des émissions liées à la demande intérieure française est donc « importée » avec les produits manufacturés.
Figure 4 Approche territoire vs. approche empreinte appliquées à la France 1990 – 2010. Source : CDC Climat Recherche
Figure 4 Approche territoire vs. approche empreinte appliquées à la France 1990 – 2010. Source : CDC Climat Recherche

L’approche territoire, qui est celle du protocole de Kyoto, permet de comptabiliser les émissions de GES là où elles sont émises. L’approche empreinte permet de comptabiliser les émissions dues à la demande finale intérieure, en ajoutant les émissions liées aux produits importés et en retranchant celles des produits fabriqués sur le territoire français puis exportés.
Figure 5 Une vision des émissions nationales de gaz à effet de serre du point de vue de l’économie circulaire
Figure 5 Une vision des émissions nationales de gaz à effet de serre du point de vue de l’économie circulaire

En 2010, selon l’approche territoire, la France a émis 486 millions de tonnes équivalent soit 7,7 tonnes par habitant. Ces émissions sont en baisse de 19 % par rapport à 1990. En revanche, selon l’approche empreinte, ces émissions sont de 733 Mt CO2 éq. en 2010, soit, rapportées à la population, autant qu’en 1990 : 11,6 tonnes par habitant. Les émissions de CO2 en France par habitant n’ont donc pas diminué depuis 1990.
 
Entre 1990 et 2010, les émissions de CO2 de l’OCDE ont progressé de 6 % selon l’approche territoire, contre plus de 20 % selon l’approche empreinte. Dans les pays d’Asie hors OCDE, selon l’approche territoire, elles ont plus que triplé en trente ans, dépassant en 2008 le niveau des émissions de l’OCDE. Néanmoins, selon l’approche empreinte, ce constat est inversé : en 2010, les émissions des pays d’Asie hors OCDE restent inférieures de 20 % à celles des pays de l’OCDE.
 
Les émissions de CO2 induites par la demande finale française s’élèvent à 550 millions de tonnes, dont 40% émis à l’étranger. À l’inverse, des chercheurs ont calculé qu’entre 2000 et 2007, 17 à 36% des émissions en Chine de dioxyde de souffre, oxydes d’azote, monoxyde de carbone et de noir de carbone a été induite par la production de biens destinés à l’export[[1]]url:#_ftn1 .
 
Dans le domaine de l’énergie, l’emprise énergétique est l’ensemble de l’énergie mobilisée de manière directe et indirecte pour fournir un produit ou service[[2]]url:#_ftn2 . Les biens ou services consommés demandent des consommations énergétiques tout au long de leur phase de production et de distribution. À titre d’exemple, un quart de l’énergie utilisée en Chine en 2012 était destinée aux exportations, et plus d’un tiers de l’énergie importée par la Chine servait aux exports.

D’une part, ces chiffres montrent les limites des politiques climatiques mises en place, mais ils nous rappellent également que la question de la lutte contre le dérèglement climatique ne peut être envisagée sans une refonte du modèle économique linéaire dominant.
 
 
 
 



  

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