Aix-en-Provence : Alteo transforme ses déchets en matière première



L'usine d'alumine, membre actif de l'Institut de l'économie circulaire depuis sa création, développe des solutions pour ses résidus de bauxite


Aix-en-Provence : Alteo transforme ses déchets en matière première
Avec l'interdiction totale des rejets de boues rouges en mer, à fin 2015 (lire article ci-dessous), l'usine d'alumine de Gardanne, ex-Pechiney devenue Alteo, étudie, depuis plus de vingt ans, les moyens de valoriser ses résidus de bauxite.

Une action devenue concrète en 2005 avec la mise en service d'un filtre-presse qui a permis de déshydrater ces déchets en bauxaline et de les utiliser, principalement comme du remblai de décharges ou du soubassement de routes.

Dès son lancement en février dernier, Alteo a rejoint l'Institut de l'économie circulaire, fondé et présidé par François-Michel Lambert, le député de la 10e circonscription (Europe écologie-Les Verts).

"Nous sommes membre actif depuis le départ, souligne Henri Thomas, le directeur du site qui a accueilli l'élu gardannais fin avril. Nous sommes directement liés, ça fait vraiment du sens."

Dépollution des sols

Depuis la moitié des années 2000, l'usine s'attache à développer des applications pour sa bauxaline. "Depuis l'an dernier, le principal débouché historique est passé au second plan, poursuit le directeur. On a fait beaucoup de décharges dans la région, mais on n'est pas les seuls. Et ce n'est pas très intéressant au niveau technique."

Alteo travaille sur une utilisation de la bauxaline comme matière première secondaire pour éviter le prélèvement de ressources naturelles.

En mettant notamment au point des granulats d'argile expansée, mélange de bauxaline et d'argile, "alternative aux graviers, plus légers et dont on peut contrôler la résistance".

Ces granulats peuvent être utilisés dans le bâtiment, comme constituant de matériaux de construction. "Un contrat de plusieurs milliers de tonnes est en cours avec l'un des principaux fabricants du marché", ajoute Henri Thomas.

Autre application qui offre "des solutions intéressantes et attractives" : la dépollution des sols. Des essais industriels sont conduits par Alteo avec Ineris, le laboratoire de recherches basé sur le plateau de l'Arbois.

"Il s'agit de produire une poudre, dérivé de bauxaline, en y ajoutant un additif, explique le directeur. Le produit capte les métaux qui sont soit dans l'eau soit dans les sols."

Des essais grandeur nature ont été menés sur des quatre sites pollués, dont un ancien site minier.

"Sur les boues de station d'épuration, 98 % des métaux ont été absorbés et sur les drainages miniers acides, le PH a été ramené de 7 à 1, ce qui rend l'eau compatible avec le milieu naturel."

Des résultats "très encourageants" pour Henri Thomas : "Pour la première fois, on arrive désormais à utiliser la partie sodique (la soude est nécessaire pour extraire l'alumine du minerai de bauxite, NDLR) de notre produit. On transforme ainsi un handicap en avantage."

Alteo a également lancé, en février, un projet de recherche sur quatre ans, sur les matières premières secondaires.

Un investissement de 700 000 €, cofinancé par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et l'Agence de l'eau qui réunit plusieurs partenaires ayant des compétences, de production, de recherche et de valorisation.

"On est en plein dans le principe de l'économie circulaire", conclut Henri Thomas.

"Arrêter maintenant signifierait fermer l'usine" Si elle en recycle de plus en plus, l'usine d'alumine de Gardanne rejette encore une partie de ses déchets en mer, les fameuses boues rouges, dont l'arrêt est programmé fin décembre 2015.

Plusieurs associations et les eurodéputés José Bové et Michèle Rivasi (Verts/Alliance libre européenne) demandent l'arrêt "au plus tôt" de ces rejets. Dans un courrier daté du 29 mars dernier, la ministre de l'Écologie, Delphine Batho, va dans ce sens.

Pour Henri Thomas, directeur de l'usine de Gardanne, "les risques sanitaires ne sont pas identifiés". "Nous avons recensé plus de 200 rapports d'études et publications scientifiques sur l'impact de notre rejet en mer, rédigés par des organismes comme l'Ifremer, le Centre d'océanologie de Marseille, Créocean, Biotox... Aucun de ces rapports n'a été tenu confidentiel."

Depuis 1995, le comité scientifique de suivi de la préfecture recommande des études pour évaluer les risques sanitaires. Ces rapports sont remis chaque année aux autorités et portés à la connaissance du public.

En juillet 2012, le professeur Jean-Claude Dauvin, qui préside le comité, écrivait : "Un ensemble de quatre tests écotoxicologiques a été réalisé sur du sédiment pris sur place entre 265 et 1 065 m de profondeur au cours des campagnes échelonnées de 1997 à 2007. Malgré des hypothèses très conservatoires, il n'a pas été identifié de risques sanitaires liés à la consommation de poissons exposés aux résidus de bauxite de l'usine de Gardanne."

Pour l'industriel, "techniquement, il nous faut le temps de faire les investissements (un second filtre-presse fin 2013) et ça va prendre jusqu'à fin 2015". "C'est une profonde modification de notre manière de fonctionner, continue Henri Thomas, qui occasionne des coûts importants. Nous avons des opposants très audibles médiatiquement, mais il n'y a pas de proposition de leur part. Pour arrêter maintenant, la seule solution, ce serait de fermer l'usine." Une usine qui emploie environ 400 personnes et quelque 300 sous-traitants...

Source : Christine Lucas de La Provence


Mots clés : Alteo
Mardi 14 Mai 2013

  

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